Décrire un portrait

MonaLisa_sfumatoIl existe mille et un portraits et tout autant de manières de les décrire. Du compte rendu le plus objectif d’une œuvre à son évocation sensuelle, l’exercice de la description peut donner lieu à des productions très diverses.

© Mona Lisa, Leonardo da Vinci. 1503 – 1506

Qu’il procède de l’observation méthodique du tableau, de l’impression générale produite par l’image ou encore de sentiments et de sensations nés de la promenade du regard sur la toile, tout regard porté sur un portrait a sa valeur.
En favorisant dans la classe la multiplicité et la diversité des points de vue, l’enseignant parviendra à enrichir l’approche et la compréhension de l’œuvre étudiée. Cette prise en compte et ce respect de la pluralité des sensibilités des élèves permettra aussi de réussir à les mobiliser tous et à les faire s’exprimer personnellement.

Voici trois exemples d’approche et de description d’un portrait. Le support sélectionné par le Louvre est le tableau La Marquise de Pompadour, peint par François Boucher. Les approches proposées sont spatiale, picturale et pour la dernière basée sur les sens.

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François BOUCHER (1703.1770)
La Marquise de Pompadour
© Musée du Louvre/A. Dequier – M. Bard

“Ce portrait représente la marquise de Pompadour (1721.1764), célèbre favorite du roi Louis XV (1710.1774). Boucher fut son peintre favori et la peignit à plusieurs reprises (tableaux à Munich et Londres). La bibliothèque, le clavecin, la mappemonde soulignent les goûts de cette grande protectrice des sciences, des lettres et des arts.” (Base Atlas, musée du Louvre)

Description spatiale

Linguistiquement accessible dès les premières heures de français, la description spatiale d’un portrait mobilise principalement les facultés d’observation de l’élève. C’est d’ailleurs dans le cadre de cet exercice qu’on réalise parfois combien le regard porté sur une œuvre peut singulièrement manquer d’acuité et “zapper” des éléments capitaux !

Ce type de description s’appuie sur la manière dont l’espace est organisé dans le tableau. Quoi qu’en croient parfois les élèves, rien n’est laissé au hasard. La principale notion à leur faire découvrir est celle de “plan”. Dans un tableau, les plans sont perpendiculaires au regard et représentent les profondeurs. Ce qui est sur le “devant” de la scène constitue le premier plan, tandis que l’arrière-plan désigne le fond. Entre les deux, il peut exister plus ou moins d’autres plans, désignés par des nombres ordinaux (deuxième plan, troisième plan…). Ainsi, dans le tableau représentant Madame de Pompadour, trois plans sont distingués.

Les autres notions requises pour l’exercice de la description spatiale sont les directions et les localisateurs (à gauche de, à droite de, devant, derrière, à côté de, près de, le long de…).

Voici un exemple de description spatiale d’après l’œuvre de Boucher :

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Au premier plan, un livre rouge et un globe terrestre sont posés sur un amas de rouleaux de papier. Au centre du plan, on voit des fleurs disséminées sur le tapis couvrant le sol.

Au centre du deuxième plan, il y a une femme debout. Sa main gauche est posée sur le clavier d’un clavecin et la droite retient un pan de la robe. Sur sa droite, en retrait, un fauteuil est orienté vers elle. Sur le clavecin, on aperçoit côte à côte un chandelier et une partition ouverte.

À l’arrière-plan, sur la gauche, une bibliothèque surmontée d’un vase et d’une horloge comporte plusieurs rayonnages de livres. De l’autre côté, on distingue l’extrémité d’un grand miroir où se reflète une partie invisible de la pièce.

Description picturale

La description picturale se rapporte aux divers éléments qui constituent l’œuvre. Le plus évident et abordable pour les élèves est la couleur. Il convient cependant de dépasser la simple énumération des teintes utilisées par l’artiste et de chercher par exemple à voir comment il les a utilisées pour établir dans la toile un réseau chromatique qui fasse sens : correspondances, renvois, contrastes, etc.

Dans un second temps, les élèves pourraient rechercher les lignes et les formes qui structurent le tableau. Si les contours du personnage portraituré étaient tracés, quelle forme apparaîtrait ? Si un dessinateur pressé faisait un croquis de l’œuvre, quelles lignes tracerait-il pour placer les divers éléments représentés ?

Voici un exemple de description picturale d’après l’œuvre de Boucher :

La couleur
La couleur rouge du livre répond aux tons des roses et du teint de la Marquise, et contraste avec les teintes douces de la robe beige et du décor.

La forme
Le portrait est centré sur le personnage. Ce personnage s’inscrit dans une pyramide au milieu de la toile. Les bras et la robe forment les côtés de la pyramide et le visage en constitue le sommet. Ainsi le regard du spectateur est conduit vers le visage de la marquise.

La composition
Des lignes verticales signifiées par le cadre du miroir et les montants de la bibliothèque structurent la composition du tableau. Une ligne horizontale passe au niveau des yeux de la marquise.

Description par les sens

Pourquoi ne pas envisager aussi une toile sous l’angle des sens ? Avant ou après les approches décrites ci-dessus, l’enseignant pourrait demander à ses élèves de décrire les odeurs, les bruits, les matières… suggérés par le tableau. Chaque groupe d’apprenants travaillerait par exemple sur l’un des cinq sens. Voici des suggestions basées sur lœuvre de Boucher.

L’odorat – Que sent ce tableau ?

Des fleurs parfument la pièce.
La fragrance des roses flotte dans l’air.
Dans la pièce règnent les effluves d’un parfum riche.
Des senteurs de poudre de riz se dégagent de Madame de Pompadour.
L’odeur de cire des meubles embaume l’air.
Le tapis sent la poussière.
Les rouleaux de papier exhalent une odeur de moisi.

Le toucher – Que peut-on toucher dans cette pièce ?

La Marquise effleure les touches d’ivoire du clavier.
Elle retient de la main la soie de sa robe et une collerette de dentelle enserre son cou.

La vue – Qu’y voit-on ?

Le peintre a employé diverses couleurs : crème, beige, rose, sable, ivoire, vert céladon, rouge cramoisi…
Une lueur douce enveloppe la scène.
Le miroir reflète la pièce.
La lumière met en valeur le personnage représenté et laisse dans l’ombre l’arrière-plan.
L’ombre de la Marquise est projetée sur la partition de musique et celle du fauteuil efface le dessin du tapis.
Le chandelier soutient une bougie qui à la nuit éclaire la partition.
Madame de Pompadour regarde sur sa gauche : on peut imaginer qu’elle guette, épie, fixe, contemple, examine… attentivement, distraitement… quelque chose.
Le bois vernis du piano reflète le livre couvert de cuir.
Le velours du fauteuil absorbe la lumière tandis que son piètement de bois la reflète.

L’ouïe – Qu’y entend-on ? Quelles sources de bruit sont représentées ?

La main gauche de la Marquise laisse imaginer le bruissement / le froufroutement de la robe.
Sa main droite ferait sonner le clavecin.

Pour diversifier sa pratique :

    • La description peut avoir lieu à l’oral ou à l’écrit.
    • Seul ou en groupes, les élèves préparent la description d’une œuvre et la transmettent aux autres élèves (à l’oral ou à l’écrit), qui ne connaissent pas le tableau en question ou ne le voient pas et doivent le représenter d’après les indications de leurs camarades.

Rédaction : Elodie Ressouches, en collaboration avec Magali Simon, musée du Louvre

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