Le traitement des documents authentiques dans l’enseignement-apprentissage du FLE ou du FLES

Un article de Mariela de Ferrari, didacticienne FLE-FLS.

Des supports authentiques pour quoi faire ?

Les documents ancrés sur la réalité française contemporaine recèlent en eux des potentialités pédagogiques permettant de faire évoluer les représentations pouvant circuler sur :

  1. L’apprentissage du français perçu comme : langue difficile, réservée à un groupe social particulier, avec prépondérance de la grammaire des formes et de la phrase…
  2. Les modes de vie en France et les façons d’approcher “la réalité” : par exemple, les journaux internationaux véhiculant des images univoques ou réductrices des faits de société (violences urbaines de novembre 2005 ; manifestations étudiantes anti CPE – Contrat première embauche ; rapport au traité constitutionnel européen…).
  3. Les rapports sociaux en France (diffusés par les outils didactiques, parfois parcellaires, correspondant à des milieux sociaux et des points de vue restrictifs).
  4. Le rapport à la compréhension (orale et écrite) et aux processus de construction de sens (pas besoin de tout comprendre pour “comprendre”).
  5. Le rapport à l’erreur pouvant empêcher d’oser se confronter à un support complexe, ou de produire des reformulations suite à des activités de compréhension non exhaustive.

L’exploitation des sites Internet des chaînes publiques françaises et plus largement de tous les sites donnant accès à la vie quotidienne (RATP,SNCFManger bouger, Pages blanches…) permettant de s’informer, se déplacer, acheter, se nourrir, voyager, accélère les processus décrits ci-dessus. Par ailleurs, le traitement de ces supports dès les niveaux débutants, de façon régulière, encourage l’atteinte d’objectifs transversaux bien au-delà de la composante linguistique.

Des objectifs transversaux et simultanés

La didactisation des documents authentiques repose sur la contextualisation (d’une information, d’un espace socio-culturel, d’un moment du calendrier français…) et la mise en discours (façons de dire, de présenter, de conseiller, de suggérer) choisie par les auteurs des énoncés traités. Dès lors, les mots, les sigles et les expressions prennent sens et seront gardés en mémoire plus aisément puisque contextualisés et rattachés à des intentions particulières.

Des objectifs pluridimensionnels activent la motivation et le désir de rentrer dans la langue-culture française :

Au niveau cognitif : Associer pour inférer, faire des hypothèses de sens, comparer pour s’approprier et construire l’autonomie dans la recherche et la construction de sens. Tolérer l’ambiguïté comme élément invariant de la navigation dans le langage, en particulier pour les publics débutants.

Au niveau socioculturel : Développer des références culturelles partagées de façon systématique pour que les mots et les expressions “ne restent pas en suspens” mais soient rattachés à un réseau de sens (ex. : travailler sur les noms propres – le collège “Georges-de-la-Tour” –, les titres de journaux, les chiffres – le “12”).

Au niveau psychoaffectif : Dédramatiser l’accès à des thématiques ou à des discours complexes lorsque le degré de maîtrise linguistique peut empêcher de rentrer en contact avec des supports que l’apprenant souhaite découvrir. En contexte d’immersion, les publics sont confrontés quotidiennement à ces supports et beaucoup d’apprenants ne s’autorisent pas à les aborder car ils ont peur soit de se tromper, soit de ne pas tout comprendre.

Au niveau communicatif : Les tâches visées par ces activités veilleront à développer des formes de discours réalistes, pouvant être sollicités dans les réalités interactives authentiques : décrire pour situer et vérifier une information auprès de quelqu’un ; comprendre et identifier l’avis d’une critique en vue d’un choix personnel (de film, d’émission télévisuelle, de roman) ; organiser un événement social – fête, pique-nique, voyage en groupe, visite d’un espace socio-culturel.

Conclusion

La démarche pédagogique proposée ci-dessus ne se substitue en aucun cas aux méthodes et supports périphériques – en particulier pour les apprenants débutants –, elle les complète, tricote autour, élargit les compétences, diversifie les modes d’exploitation, et aborde la langue autrement.

Préserver la portée authentique des supports, en évitant leur surexploitation et les activités de répétition, semble un élément essentiel pour donner – ou redonner – le plaisir d’apprendre le français (ou du français) en contexte. Ce mode de traitement encourage des regards nuancés et complexes sur la société française, ses valeurs et ses modes de fonctionnement, en évolution et en mouvement. L’appropriation s’effectuera grâce à la régularité d’utilisation de ces supports et à la récurrence des mêmes sites visités, ou espaces explorés.

La place et le rôle de l’enseignant sont également interrogés par ces utilisations. De l’accompagnement à l’animation, les fonctions varient selon les activités et les types de supports exploités. La priorité sera donnée aux processus à l’œuvre et au “rapport à” plutôt qu’à l’acquisition de contenus spécifiques, traités majoritairement par les supports à visée didactique.

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