Les francophonies, pourquoi, comment ?

Pourquoi parler des francophonies en cours de langue ?

Il existe beaucoup de raisons d’évoquer les cultures francophones en classe de langue. Tout d’abord pour une raison d’honnêteté intellectuelle pourrait-on dire : on ne parle pas seulement le français en France, il semble donc logique que, dans un cours de français, on évoque les différents espaces géographiques et culturels où la langue est utilisée. Adopter cette perspective suppose aussi des avantages pour l’apprenant car un tour d’horizon des francophonies lui permettra de découvrir des pays et des cultures qu’il n’aurait peut-être pas eu la chance de découvrir autrement. La diversité des francophonies permet aussi d’évoquer en classe des réalités qui sont parfois plus proches des contextes d’apprentissage. On peut ainsi évoquer des régions où le français est une langue minoritaire ou apprise, ou des contextes culturels plus proches de la réalité des apprenants. Sur le plan linguistique, évoquer, dès les premiers niveaux, la diversité du français permet de familiariser les étudiants avec la notion de variation (variations géographiques, socioprofessionnelles…) et de leur montrer la langue comme quelque chose de vivant, qui s’adapte à chaque contexte et appartient à tous ses utilisateurs. Enfin, et c’est peut-être le point le plus important, préférer la diversité des francophonies à une relation binaire qui se résumerait à confronter la culture de l’apprenant à la culture française nous semble indispensable pour favoriser chez les apprenants une vision plurielle et décentrée du monde, et les habituer à porter un regard critique sur les cultures en général.

Avec quels outils ?

Parler des francophonies, oui, mais comment ? La diversité des francophonies est une richesse, mais elle constitue aussi un obstacle pour le professeur de langue. Car les francophonies restent encore, pour beaucoup, des terres inconnues. On ne les évoque que très rarement dans les formations initiale ou continue des professeurs de langue. Et, à moins d’avoir beaucoup voyagé,  l’expérience personnelle que l’on peut avoir des pays francophones reste souvent limitée à un pays ou deux. Au moment donc d’aborder une réalité que l’on ne connait pas, il est assez normal de se sentir démuni, surtout que le matériel à disposition est assez pauvre.

En effet, les manuels de langue de grande diffusion restent très fortement centrés sur l’Hexagone. La majorité du matériel qui est proposé évoque le quotidien des Français : famille, travail, loisirs, système éducatif, etc. À côté de cette profusion de documents, les francophonies font office de parents pauvres : on les survole au cours d’une ou deux séquences et de manière assez superficielle, en se contentant d’informations factuelles de type touristique (liste de pays où l’on parle le français, fiche signalétique de ces pays, …). Notons aussi que la majorité de ces séquences consacrées aux francophonies autres que françaises se focalisent généralement sur les francophonies européennes (Belgique, Suisse) et nord-américaine (Québec), qui sont les mieux connues des professeurs. Peu de documents donc, et centrés essentiellement sur les francophonies de l’hémisphère nord.

En ce qui concerne les manuels de civilisation, on y trouve un peu plus de documents, surtout écrits, et une introduction rapide aux différentes francophonies. Cependant, dans la plupart de ces ouvrages, la part consacrée à la France reste bien supérieure au reste des francophonies et il est assez rare que l’on trouve la France et les francophonies réunies dans un même volume.

Sur Internet, le problème reste le même : si l’on peut y trouver une multitude de documents authentiques, on trouve encore une fois peu de matériel « prêt à l’emploi ». Signalons tout de même quelques adresses utiles. Sur son site, le professeur Manfred Overmann de l’Université des Sciences de l’Éducation de Ludwigsburg a mis en ligne des parcours d’apprentissage consacrés aux francophonies. Pour trouver d’autres ressources, on peut aussi se tourner vers des sites comme lepointdufle ou Tv5 Monde, qui permettent de trouver des ressources sur les francophonies parmi les activités qu’ils répertorient. Enfin, pour obtenir plus d’informations concernant la situation linguistique des différents pays francophones, le site de Jacques Leclerc consacré à l’aménagement linguistique dans le monde est une aide très utile.

On le voit, malgré ces quelques exemples, la question des ressources consacrées à la découverte des francophonies reste problématique. Elle est révélatrice d’un certain paradoxe. On reconnait assez généralement les avantages de ne plus évoquer uniquement la France en cours de langue mais le professeur qui voudrait mettre en pratique cette vision des choses se trouve assez vite découragé par le manque de matériel sur le sujet. Il est donc urgent, si l’on souhaite redonner sa place à la diversité des français, de créer et de partager des documents, des expériences, des fiches pédagogiques qui donnent les moyens aux professeurs de réellement décentrer le cours de langue.

 

Anne Vangor
Lectrice Wallonie-Bruxelles International
Université de Concepción – Chili

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