Un parcours des compétences linguistiques à Madagascar: le programme CERES

Renforcement-educatif_IECD

 

 

La mission du CERES est de permettre à des jeunes malgaches de zones rurales, dotés d’un bon potentiel intellectuel, de réussir leurs études et leur insertion professionnelle, afin d’encourager leur participation active au développement de leur région et de leur pays.

 

Le programme CERES

A Madagascar, un élève de 6ème sur 100 en milieu rural atteint le baccalauréat alors que ce taux est 10 à 15 fois plus important pour un collégien de ville. Cette inégalité scolaire traduit un clivage social très profond que le programme CERES s’emploie à réduire, en s’attaquant prioritairement à ce taux d’accès au baccalauréat. L’association malgache PROMES (PROMotion Economique et Sociale) a  ainsi ouvert le programme CERES (CEntres de Renforcement Educatif et Scolaire) en 2006, dans la région de la Haute Matsiatra, au centre sud de l’île de Madagascar.

Aussi, grâce à une compréhension grandissante des enjeux de l’éducation à Madagascar, le CERES étend progressivement son action au-delà de ces bénéficiaires initiaux. Aujourd’hui, les 10 collèges partenaires sont appuyés pour l’organisation de leurs examens et reçoivent des subventions pour la construction de nouvelles salles de classes ; leurs 160 professeurs bénéficient du réseau « Miaraka », qui les accompagne dans la préparation de leurs cours et dans l’évolution de leurs pratiques pédagogiques ; les parents des collégiens reçoivent des formations éducatives à l’Ecole des Parents ; les 4300 collégiens des établissements partenaires bénéficient de la mise en place de cantines scolaires en période de soudure. Ces actions contribuent ainsi à améliorer la qualité et les conditions de l’enseignement, mais aussi à aborder l’éducation pour ces jeunes de zones rurales de manière globale, en prenant en compte le jeune, ses enseignants, son collège et ses parents.

Tableau : Le CERES aujourd’hui

Ceres aujourd'hui

 

L’enseignement du français dans le programme CERES: de l’obstacle au facteur de réussite

La langue française à Madagascar joue un rôle primordial dans l’insertion sociale des jeunes. Ainsi, un jeune dont le niveau de maîtrise de la langue française est faible, rencontrera de nombreuses difficultés, particulièrement à la sortie du cycle de l’enseignement secondaire car :

  • les études dans l’enseignement supérieur nécessitent l’utilisation de documents de toutes natures mais toujours en langue française ; les cours sont dispensés en français ; le mémoire de fin d’études doit être rédigé en français
  • les entretiens d’embauche sont la plupart du temps opérés en langue française, toutes catégories professionnelles confondues. De plus, les situations professionnelles nécessitent très régulièrement l’utilisation de ressources en langue française
  • la vie juridique est entièrement en français
  • un grand nombre de démarches administratives imposent l’utilisation de documents en français

Cependant, officiellement, la langue d’enseignement à partir du collège est le français. Mais on s’aperçoit que :

  • les élèves de zone rurale sont en situation de français langue étrangère (FLE)
  • les élèves suivent des cours de français selon une approche de français langue maternelle avec des professeurs qui n’ont ni le niveau linguistique, ni la formation pédagogique suffisants pour répondre aux exigences du programme officiel ou adapter leur enseignement aux spécificités de l’enseignement en zone rurale.
  • les programmes sont décalés par rapport au niveau des élèves qui n’ont pas les bases requises à la sortie du cycle d’éducation primaire
  • les élèves ne comprennent pas l’intérêt d’apprendre le français. N’ayant pas de relation avec cette langue dans les campagnes, la majorité pense qu’elle ne sert qu’à communiquer avec un étranger. Ces jeunes élèves dont l’espoir principal est d’atteindre le niveau du Brevet des Collèges, ne réalisent pas que la maitrise de cette langue est un des éléments indispensables à  l’élévation dans la hiérarchie professionnelle et sociale et ainsi à l’amélioration du niveau de vie.
  • les élèves ne maîtrisent pas non plus la langue nationale officielle (malgache officiel). Les langues dialectales sont les seules langues utilisées dans les zones rurales des provinces. Et pour certains, le malgache officiel a le statut d’une langue étrangère.

 

Le CERES a ainsi mis en place un parcours de compétences en français, depuis la 6ème jusqu’à la terminale.

6ème 5ème 4ème 3ème Année Préparatoire Lycée
FLE niveau A1 Niveau A1-A2 Niveau A2 Niveau B1 Clubs de français (axés sur la pratique de l’oral)
FLScol Cours du collège Atelier d’écriture Le français des DNL (HG; Math; PC)
FLM Grammaire Grammaire

 

Les années collèges (= pépinières du CERES): à la découverte du Français Langue Etrangère (FLE)

Des séances de FLE sont dispensées 3h par semaine de la 6ème à la 4ème, par des chargés de cours, généralement professeurs au collège. Ces séances permettent de travailler principalement la compréhension de l’oral et la production orale et d’aborder des point de grammaire française de manière plus communicative. Le responsable pédagogique du français du CERES crée des fiches de séances et des fiches pédagogiques pour le chargé de cours, qui suit trois fois dans l’année une formation en animation de séance d’enseignement/apprentissage.

 

atelier ecriture

Des ateliers d’écriture sont organisés en classe de 3ème. Dans cette dernière année du cycle premier, l’accent est porté sur la production écrite qui représente une difficulté importante pour les élèves. Ils ont effectivement très rarement l’opportunité d’expérimenter l’exercice de l’écriture créative.

 

 

 L’année préparatoire au lycée : une approche par les compétences

Des ateliers d’écriture qui permettent aux élèves de s’approprier les grandes formes de discours, de développer un apprentissage de la compréhension écrite et d’offrir un accompagnement par étapes à l’exercice de l’écriture.

 

lecture suivie

Des séances de lecture suivie  qui ont pour principal objectif de développer le goût de la lecture, grâce à la présence de professeurs documentalistes, au renouvellement du fond de bibliothèque en ouvrages de lecture graduée, et à l’intégration d’activités de lecture dans les séquences d’apprentissage du français.

 

 

Des activités de compréhension et de production orales lors de séances de FLE, en lien direct avec la forme de discours travaillée dans la séquence de français, ainsi que des séances de théâtre.

Des séances de FLScol en co-animation avec les professeurs des disciplines non-linguistiques : mathématiques, physique-chimie et histoire-géographie.

 

interdisciplinaireDes projets interdisciplinaires qui amènent les élèves à mobiliser des compétences linguistiques hors des situations scolaires, à faire le lien entre les disciplines non linguistiques, à participer à des ateliers d’écriture interdisciplinaires, à prendre des initiatives dans un espace de travail collaboratif, à voir leurs écrits valorisés par une exposition présentée aux parents.

Des tournois d’éloquence en français et en malgache, organisés trimestriellement dans chaque classe puis entre les classes, et récompensés par une « coupe » transmise d’une promotion à une autre.

 

La formation professionnelle : une réponse à un besoin de formation initiale et continue.

Malgré la présence de quelques professeurs expérimentés en Année Préparatoire, les professeurs nouvellement recrutés n’ont généralement reçus aucune formation initiale.

Dans les collèges d’enseignement général, on constate d’une part un niveau linguistique très souvent insuffisant qui n’aide pas à la mise en place d’une approche du bilinguisme. Effectivement, la langue  française, langue de l’enseignement, est destinée à prendre la place de langue seconde. Mais les ressources pédagogiques nécessaires et la formation à la pédagogie du bilinguisme n’existent pas. Les liens entre les langues et les mises en situation ne sont ainsi jamais au cœur des actes d’enseignement/apprentissage. D’autre part et de ce fait, la vision de l’enseignement reste limitée à la transmission des savoirs.

Pour les professeurs de l’année préparatoire 

Le CERES met ainsi en œuvre une formation initiale pour les professeurs de l’Année Préparatoire de chaque matière. Chaque professeur est accompagné par un tuteur, généralement le Responsable Pédagogique de la matière. Suite à une présentation de la matière, des objectifs de fin de formation sont donnés et sont ensuite accompagnés grâce à un parcours de formation en trois étapes : l’observation, la pratique accompagnée et la pratique en autonomie. Un point d’étape est fait avec le tuteur et le responsable de l’année préparatoire afin de valider le passage à l’étape suivante. Depuis 2015, un plan de formation personnalisé est mis en place au sein de la structure. Etabli à partir de l’autoévaluation personnelle des compétences professionnelles détaillées dans le Référentiel Métier et Compétences (RMC) de professeur de collège, il permet à chaque professeur de progresser dans l’acquisition de ces compétences tout au long de l’année.

Pour les professeurs de collèges : la mise en place d’un réseau d’enseignants 

Organisées par le programme CERES depuis 2007, dans les collèges partenaires du programme, les visites conseils ont mis en évidence d’importantes lacunes dans les compétences de base de l’enseignement, à savoir la planification des séquences d’enseignement-apprentissage, leur animation et l’utilisation du français comme langue de scolarisation ainsi que l’utilisation de ressources pédagogiques. Ces lacunes s’expliquent notamment par la situation sociolinguistique et par l’absence de formation initiale et continue des professeurs (professeurs FRAM, payés par les parents d’élèves). Elles sont d’autant plus graves que l’enseignement se fait dans un contexte de grands groupes. Une classe de collège en zone rurale compte en moyenne 60 élèves. L’effectif peut dépasser les 70 élèves par classe, bien que les infrastructures ne soient pas prévues à cet effet.

formation continue 

Ainsi, est né l’idée du dispositif « Miaraka » (« ensemble » en malgache), qui vise la mise en place d’un réseau de co-développement professionnel des collèges partenaires.

 

 

 

Le dispositif mis en place vise le développement d’une approche réflexive du savoir professionnel par l’auto-évaluation des enseignants sur la base des résultats obtenus en classe. Il est régulièrement évalué par les participants.

Des visites-conseils, quand elles sont possibles, permettent une évaluation externe de la formation. Enfin, des visites de validation pourront être organisées pour certifier le niveau de compétence atteint par certains participants.

Focus sur le réseau Miaraka

Les « rassemblements régionaux » (EPIE[1])

Chaque trimestre, les professeurs des collèges partenaires se retrouvent à Fianarantsoa pour deux à trois jours de travail collaboratif, pour les matières principales : malgache, français, anglais, mathématiques et physique-chimie. Pour ces « rassemblements régionaux » et en fonction de la discipline, du niveau et en s’appuyant sur des notions de psychopédagogie et sur des ressources pédagogiques, les enseignants sont en situation de construire ensemble :

  • une répartition annuelle
  • une séquence d’apprentissage
  • une séance en fonction de l’objectif visé et du niveau des élèves
  • une évaluation d’une séquence d’apprentissage

Ces « rassemblements régionaux » sont organisés pour faire alterner les échanges de pratiques et les apports théoriques sur la planification de l’enseignement, à partir des programmes officiels. Les documents (séquences, séances, évaluations) sont produits par les participants, encadrés par des animateurs du programme CERES. Un débriefing (rassemblement local) est organisé pendant chaque session pour un retour sur leur utilisation en classe.

Pendant la dernière demi-journée, une formation disciplinaire est assurée par les formateurs de la Direction Régionale de l’Enseignement National (DREN), sur la base des besoins exprimés par les enseignants et/ou identifiés par ces formateurs.

Des temps sont aménagés pour une meilleure connaissance réciproque des enseignants (promotion d’associations professionnelles, jeux, repas communs, …)

Les réunions d’équipes pédagogiques des encadrants du CERES permettent enfin le suivi entre les sessions et l’institutionnalisation de ces équipes et de leur coordination. Elles se font au moins trois fois par trimestre :

  1. préparation RR1
  2. préparation des rassemblements locaux
  3. débriefing des rassemblements locaux et préparation du RR2

 Les « rassemblements locaux» (EPE[2])

Chaque trimestre, les conseillers pédagogiques sciences et langues du CERES, parfois accompagnés des responsables pédagogiques de chaque matière, retrouvent localement, dans chacun des six centres de zones rurales (les pépinières CERES), les professeurs des collèges partenaires. C’est l’occasion de faire le point avec eux sur leur progression dans la répartition annuelle, de faire un retour sur l’expérimentation de la séquence préparée lors du rassemblement régional précédent et d’évoquer les difficultés spécifiques qu’ils rencontrent. Les responsables pédagogiques guident aussi les professeurs dans l’utilisation de ressources appropriées.

Les commissions corrections

Les examens trimestriels dans les collèges partenaires sont organisés par le CERES. A l’aide des sujets proposés par les professeurs des collèges chaque trimestre, les responsables pédagogiques créent une version unique pour tous les établissements.

La correction est animée par les responsables pédagogiques et les responsables de chaque pépinière. Elle a généralement lieu dans les locaux de la DREN. Tous les professeurs sont réunis pendant deux jours pour une correction collective et unifiée, pour tous les niveaux du collège.

[1] Equipe pédagogique inter-établissements est la terminologie utilisée par le Ministère de l’Education Nationale de Madagascar
[2] Equipe pédagogique d’établissement

 

Site IECD – autour des CERES 

Article proposé par l’Institut européen de coopération et de développement – IECD

AD 23/03/2016

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